Valider les informations
Police | infos justes et claires
Si les policiers sont interpellés dans l’événement (accident, homicide, suicide…) il est bon de s’assurer des éléments qui sont actuellement confirmés que vous pourrez divulguer et même des informations qui sont véhiculées par les policiers dans les médias. Avec les policiers, il est possible de décider d’un discours commun à utiliser. Par exemple, si un suicide n’est pas confirmé, on peut utiliser « apparence de suicide ».
Parents, famille et jeunes touchés
Même si cette étape est difficile, il est essentiel et respectueux de contacter les gens touchés directement par l’événement. Par exemple, le conjoint de l’enseignant décédé, la famille du jeune décédé, les jeunes très touchés qui fréquentent l’école…)
Cet appel permet d’offrir du soutien, de l’écoute, d’entendre leur version de l’événement et d’informer sur les actions qui seront posées à l’école et des mots qui seront utilisés. Il est très important à ce stade-ci d’informer du rôle de l’école d’offrir du soutien à l’entièreté de la population scolaire et d’encadrer les rumeurs.
Offrir du soutien
« Nous savons que vous vivez des moments difficiles et sachez que si nous pouvons faire quoique ce soit pour vous aider nous tenterons de le faire. » Les mots manquent souvent devant la souffrance mais d’ouvrir la porte et de nommer votre présence est tout ce qu’il y a à faire en ce moment. Un second appel viendra plus tard.
Recueillir des informations
« Acceptez-vous de nous raconter ce qui s’est passé? Cela nous aidera à bien préparer et orienter nos interventions. » Cela peut paraître un peu intrusif mais vous devrez par la suite gérer des centaines ou milliers de réactions et les informations sont cruciales.
Informer des actions et de l'annonce
À partir de ce que vous venez de recueillir comme informations et de ce que vous avez reçu antérieurement, il est temps d’annoncer à la famille ou même au jeune à qui vous parlez ce qui sera fait et dit à l’école. « Une annonce collective dans chaque classe se fera et nous annoncerons que Paul est mort, mais que les circonstances sont encore nébuleuses et qu’une autopsie sera pratiquée. Nous vous informons aussi que nous enverrons un courriel à tous les parents et membres du personnel. »
Analyser les réseaux sociaux
Tout circule rapidement sur les réseaux sociaux et ce, sans égard à la vérité. Il est important d’y porter une attention particulière et de lire ce qui y circule car c’est la source d’informations des jeunes, des parents et des enseignants aussi. Lire les réseaux sociaux permet de prendre conscience de l’ampleur de l’événement et des réactions qui risquent d’émerger dans l’école.
Diffuser l'information
Informer les parents
Envoyer un communiqué aux parents leur demandant d’informer leur enfant en nommant les possibilités d’aide et des informations pour bien écouter et soutenir leur enfant.
Informer le personnel
Diffuser l’information au personnel de l’école en s’assurant de leur donner les ressources d’aide en cas de besoin.
Planifier le retour en classe
Planifier le retour en classe car il ne faut pas présumer que tous les jeunes ont reçu le soutien adéquat. Les émotions peuvent être vives au retour même s’il s’est écoulé du temps.
Accueillir des membres du personnel
Rassembler les membres du personnel
S’assurer, lors d’une rencontre du personnel tenue rapidement au retour, que tous ont eu l’information et permettre de réagir ensemble et d’exprimer leurs émotions.
Donner les informations
Informez-les sur l’événement, accueillez les réactions, répondez aux questions. Informez-les sur les actions qui sont posées par le comité d’urgence actuellement et sur les actions à venir. Prenez le temps de vous assurez que tous ont bien compris ce qu’implique cette rencontre.
Rôle
C’est le moment de les soutenir dans leur rôle d’annoncer l’événement, de recueillir les émotions des élèves, de répondre à leurs questions et de les diriger au besoin vers le local de recueillement ou vers les locaux d’aide individuelle (voir plus bas à la section Soutien). Une formation préalable est souhaitée mais si ce n’est pas le cas, il faut les rassurer leur dire qu’ils connaissent bien les jeunes, qu’ils sont les personnes les plus désignées pour cette difficile tâche, qu’à la fin de la journée un retour avec eux sera fait. On répond à leurs craintes, s’il y a désorganisation le personnel de soutien est là. S’il n’y a pas de réaction, on continue comme d’habitude.
Pourquoi on l’annonce à toute l’école? : pour éviter une contamination, pour éviter que les jeunes se l’apprennent entre eux avec des mots et des attitudes maladroites, pour respecter le fait que des jeunes de toute l’école peuvent réagir. Pourquoi par les enseignants? Car en groupe c’est ce qu’il y a de mieux, car la bonne pratique veut que ce soit une annonce en même temps pour tout le monde et qu’on ne peut mobiliser le comité d’urgence ni les intervenants de soutien qui sont au coeur de l’action.
Mots
Le choix des mots doit être fait avec vigilance et sérieux. Il est important de ne pas taire la nature d’un décès, afin d’éviter que les jeunes s’inventent des explications, que des rumeurs circulent ou que l’information soit mal interprétée par les proches. Nommer les faits avec sobriété contribue à créer un climat de sécurité.
Il faut toutefois éviter de glorifier, d’idéaliser ou de donner des détails inutiles sur l’événement ou la personne. Une communication neutre, simple et respectueuse demeure essentielle.
Concernant le moyen utilisé lors d’un suicide ou d’un homicide, le comité d’urgence doit faire preuve de discernement selon le contexte, les informations déjà connues et les rumeurs présentes dans le milieu. Il n’est pas privilégié de donner l’information d’emblée. L’objectif n’est pas de multiplier les détails, mais de répondre de façon claire aux besoins d’information tout en protégeant les jeunes d’une surexposition ou d’une recherche de réponses sur Internet. Cette approche s’applique à tous les types de décès.. Les éléments à partager doivent être réfléchis et décidés par le comité.
Effet d’entraînement
Les mots utilisés et les actions posées doivent être choisis avec vigilance. L’annonce d’un décès à des élèves peut avoir des répercussions importantes et certains risques doivent être connus.
Lorsqu’il s’agit d’un décès par suicide, la littérature scientifique décrit notamment un phénomène appelé “effet d’entraînement” ou “contagion suicidaire” (effet Werther). Ce terme désigne l’augmentation possible d’idées ou de comportements suicidaires chez certaines personnes à la suite de l’exposition à un suicide. Ce phénomène, bien documenté, s’explique par des mécanismes d’identification ou d’imitation sociale pouvant accroître la vulnérabilité de jeunes déjà fragilisés. Cette notion demeure spécifique au suicide.
Les autres types de décès peuvent également agir comme événements déclencheurs et entraîner une détresse psychologique importante chez des personnes vulnérables. On ne parle pas alors de contagion au sens scientifique du terme, mais plutôt de réactions traumatiques ou de facteurs de stress pouvant aussi nécessiter des mesures de soutien comparables.
En tout temps, il est nécessaire d’éviter de glorifier la mort ou de la rendre plus belle que la vie dans les propos. On doit plutôt mettre l’accent sur les mesures de soutien et la prévention. Parler de mort et de deuil est important mais il faut savoir comment l’aborder.
Accueillir les jeunes
Il est très important de placer du personnel aux portes d’entrée dans la cour de l’école afin de voir si l’information a commencé à être véhiculée à travers les jeunes. Si oui, on agit rapidement, on dirige les jeunes qui réagissent déjà vers leurs classes afin de contrôler la diffusion. On peut dire : « Oui il y a quelque chose de particulier ce matin, vous le saurez très rapidement ne vous en faites pas. »
Si la gestion des élèves est difficile, on peut les diriger vers leurs classes. Si la situation semble sous contrôle, on fait comme une journée habituelle.
Annoncer l'événement
L’annonce d’un événement d’exception doit se faire à toute l’école en même temps mais JAMAIS TOUS LES ÉLÈVES ENSEMBLE. L’annonce doit se faire par groupe classe afin de permettre une meilleure discussion et pour éviter les réactions de masse. Chaque enseignant de chaque groupe se voit alors attribuer la tâche de faire cette annonce.
À l’heure précise décidée par le comité d’urgence, l’annonce est faite à l’école. Après avoir donné l’information, il faut accueillir les émotions, l’enseignant peut nommer les siennes, une discussion sur les réactions suivra et plusieurs questions risquent de se succéder.
Le tout doit se faire simplement, dans la bienveillance et dans le respect des informations données antérieurement. L’enseignant n’a pas à répondre à tout et doit garder le focus sur ce qui se passe devant lui. L’enseignant informe des locaux mis à la disposition des élèves et informe la secrétaire des absences avant que les jeunes ne sortent de leur classe.
À partir de ce moment, il est essentiel que les membres de l’équipe scolaire demeurent attentifs aux changements de comportements des jeunes (isolement, absentéisme, pleurs fréquents, colère inhabituelle, propos inquiétants, retrait marqué). Une attention particulière devrait également être portée aux jeunes qui présentaient déjà des facteurs de risque ou des fragilités avant l’événement, afin de leur offrir rapidement du soutien.
Gestion des retards et des absences
Le secrétariat a un rôle très important dans la gestion de ces événements. La personne qui répond au téléphone doit savoir quoi dire ou ne pas dire si une question lui est posée. La gestion des retards et des absences est aussi très importante.
Une liste détaillée doit être remise au comité d’urgence qui devra rapidement contacter les parents et/ou les élèves absents pour rappeler l’événement et informer qu’une annonce a été faite en classe aujourd’hui. Il est essentiel de guider le parent dans sa façon d’aborder cette annonce avec son jeune et de lui donner des ressources s’il s’inquiète. Tout élève en retard devra être intercepté s’il arrive pendant ou après l’heure de l’annonce, on fera une annonce personnalisée avant de diriger l’élève dans sa classe ou dans un local d’intervention ou de recueillement.
Soutien
Lieu de recueillement
Dans ce local aménagé pour permettre à plusieurs jeunes de s’y retrouver confortablement, il n’y a pas d’interventions directes prescrites. C’est un endroit pour permettre aux jeunes de se retrouver, de ventiler, de s’exprimer.
Ce n’est pas un lieu de thérapie de groupe animé par un intervenant. C’est un lieu d’expression et la personne attitrée à ce lieu est un soutien, elle voit à ce qu’il y ait suffisamment de mouchoir, offre des papiers, des crayons, encadre les discussions animées, irrespectueuses ou qui s’éloignent de la vérité. Sans plus. Ce local peut être ouvert quelques jours selon les besoins. Habituellement, il ferme le Jour 6. Sa « fermeture » doit être nommée aux jeunes à l’avance.
Locaux d'interventions
Les rencontres individuelles ne sont pas des interventions très structurées, n’ont pas de temps déterminé, elles vont selon les besoins de chaque jeune. Certains aborderont directement la mort de leur ami, d’autres seront en réaction car un parent est malade ou tout simplement auront besoin de pleurer avec quelqu’un sans nécessairement connaître la personne décédée.
C’est ici qu’on commence à faire la distinction entre les jeunes en deuil et ceux en réaction. Ces rencontres individuelles sont consignées et parfois d’autres rencontres peuvent être fixées avec des jeunes qui en ont besoin. Ces rencontres durent rarement plus de 3 jours.
Soutien au personnel
Il faut s’attarder aux besoins du personnel. Les pauses, les heures de dîner, les débuts et fins de journées peuvent être lourdes. Il est important de prendre soin de tous, incluant les membres du comité d’urgence et les intervenants qui soutiennent directement les jeunes. Un intervenant devrait être attitré à ce rôle, un intervenant neutre qui n’est pas au « front ».
Il est à noter que les collègues ne peuvent assurer d’aide thérapeutique professionnelle auprès de leurs pairs. Cette intervention dépasserait les limites éthiques. Il faut diriger le personnel vers des ressources d’aide en cas de besoin.
Endroit de commémoration
Lorsque le décès est survenu il y a un moment, le réflexe de créer un endroit de commémoration est souvent moins présent. On peut alors plus rapidement passer à une activité symbolique collective.
Courriel aux parents
Parce que les jeunes sortiront de l’école et devront être compris dans leurs émotions et réactions, informer les parents est un incontournable. Un courriel devrait leur être envoyé quelques minutes après l’annonce en classe. Ce courriel doit contenir sommairement les informations données aux élèves, les actions mises en place et des ressources dans le cas où ils sont inquiets pour leurs enfants.
Rencontre du comité
Avant la fin de la journée, il faut que le comité prenne un temps d’arrêt et consigne les actions et les observations de la journée. Cela servira à bien se préparer pour la rencontre Debriefing avec le personnel. On analyse les actions à poser le lendemain et évalue la journée. On s’apporte du soutien mutuel et on ajuste si besoin.
Rencontre de verbalisation et d'information avec le personnel
À la fin de la journée, il est pertinent de fortement recommander la présence du personnel à une rencontre où seront discutées toutes les actions et émotions de la journée. C’est le lieu où on adresse les questions et où l’enlignement pour les prochains jours est donné. On y donne aussi les informations sur les ressources d’aide, le rôle de l’école en termes de soutien et les informations utiles sur le Programme d’aide aux employés.
Évaluation et discussions
Lorsque l’événement est traité en différé, les interventions sont plus rapides mais non moins importantes. Après la première journée, les besoins sont à évaluer et pour mieux comprendre le vécu du personnel et des jeunes, utiliser le Sondage #2 est un outil essentiel pour ne pas oublier ceux qui souffrent.
Sondage #2
Les élèves ont répondu au sondage #1 lors de l’événement, c’est le temps d’évaluer leurs réactions plusieurs semaines plus tard afin d’assurer une surveillance auprès des plus vulnérables. Il est documenté dans la littérature que les jeunes sont plus susceptibles de cacher leurs émotions à l’école. Ils sont intimidés par leurs pairs. Le sondage écrit permet une meilleure communication du vécu. Il permettra de bien saisir la transition des émotions ainsi que leurs commentaires sur les interventions posées.
Il est important de permettre aux élèves et aux membres du personnel absents de répondre aussi à ce sondage.