Élèves en classe
Si les élèves sont dans leurs classes au moment où vous apprenez l’événement, vous vous retrouvez devant le scénario qui permet le plus de contrôle de l’information, mais qui demande le plus de spontanéité aux enseignants. L’importance d’en parler avant et de bien former le personnel revêt toute son importance ici.
Code au personnel
Un « code » déterminé à l’avance et donné aux enseignants indiquant le déploiement du protocole de gestion d’événements d’exception doit être lancé. Si aucun code n’avait préalablement été établi, il est important d’analyser la meilleure façon de les joindre sans attirer trop l’attention.
Il faut le faire le plus rapidement possible afin de contrôler les allées et venues des élèves. On peut idéalement faire le tour des classes et informer l’enseignant qui pourra ensuite lire les indications reçues en version papier ou par courriel. Un courriel ou un message interne contenant des indications détaillées et claires en lien avec l’événement et l’annonce doit être envoyé aux enseignants. Ceux-ci doivent le respecter à la lettre.
Mots
Le choix des mots doit être fait avec vigilance et sérieux. Il est important de ne pas taire la nature d’un décès, afin d’éviter que les jeunes s’inventent des explications, que des rumeurs circulent ou que l’information soit mal interprétée par les proches. Nommer les faits avec sobriété contribue à créer un climat de sécurité.
Il faut toutefois éviter de glorifier, d’idéaliser ou de donner des détails inutiles sur l’événement ou la personne. Une communication neutre, simple et respectueuse demeure essentielle.
Concernant le moyen utilisé lors d’un suicide ou d’un homicide, le comité d’urgence doit faire preuve de discernement selon le contexte, les informations déjà connues et les rumeurs présentes dans le milieu. Il n’est pas privilégié de donner l’information d’emblée. L’objectif n’est pas de multiplier les détails, mais de répondre de façon claire aux besoins d’information tout en protégeant les jeunes d’une surexposition ou d’une recherche de réponses sur Internet. Cette approche s’applique à tous les types de décès.. Les éléments à partager doivent être réfléchis et décidés par le comité.
Effet d’entraînement
Les mots utilisés et les actions posées doivent être choisis avec vigilance. L’annonce d’un décès à des élèves peut avoir des répercussions importantes et certains risques doivent être connus.
Lorsqu’il s’agit d’un décès par suicide, la littérature scientifique décrit notamment un phénomène appelé “effet d’entraînement” ou “contagion suicidaire” (effet Werther). Ce terme désigne l’augmentation possible d’idées ou de comportements suicidaires chez certaines personnes à la suite de l’exposition à un suicide. Ce phénomène, bien documenté, s’explique par des mécanismes d’identification ou d’imitation sociale pouvant accroître la vulnérabilité de jeunes déjà fragilisés. Cette notion demeure spécifique au suicide.
Les autres types de décès peuvent également agir comme événements déclencheurs et entraîner une détresse psychologique importante chez des personnes vulnérables. On ne parle pas alors de contagion au sens scientifique du terme, mais plutôt de réactions traumatiques ou de facteurs de stress pouvant aussi nécessiter des mesures de soutien comparables.
En tout temps, il est nécessaire d’éviter de glorifier la mort ou de la rendre plus belle que la vie dans les propos. On doit plutôt mettre l’accent sur les mesures de soutien et la prévention. Parler de mort et de deuil est important mais il faut savoir comment l’aborder.
Rétention des élèves
Les informations circulant vite, à partir du dévoilement du code, aucun élève ne doit circuler dans l’école afin de protéger le risque qu’un élève ne l’apprenne par inadvertance, réagisse seul et ne le répète à d’autres ou fasse circuler la nouvelle sur les réseaux sociaux ou par texto.
Annoncer l'événement
L’annonce d’un événement d’exception doit se faire à toute l’école en même temps mais JAMAIS TOUS LES ÉLÈVES ENSEMBLE. L’annonce doit se faire par groupe classe afin de permettre une meilleure discussion et pour éviter les réactions de masse. Chaque enseignant de chaque groupe se voit alors attribuer la tâche de faire cette annonce.
À l’heure précise décidée par le comité d’urgence, l’annonce est faite à l’école. Après avoir donné l’information, il faut accueillir les émotions, l’enseignant peut nommer les siennes, une discussion sur les réactions suivra et plusieurs questions risquent de se succéder.
Le tout doit se faire simplement, dans la bienveillance et dans le respect des informations données antérieurement. L’enseignant n’a pas à répondre à tout et doit garder sa concentration sur ce qui se passe devant lui. L’enseignant informe des locaux mis à la disposition des élèves et informe la secrétaire des absences avant que les jeunes ne sortent de leur classe.
À partir de ce moment, il est essentiel que les membres de l’équipe scolaire demeurent attentifs aux changements de comportements des jeunes (isolement, absentéisme, pleurs fréquents, colère inhabituelle, propos inquiétants, retrait marqué). Une attention particulière devrait également être portée aux jeunes qui présentaient déjà des facteurs de risque ou des fragilités avant l’événement, afin de leur offrir rapidement du soutien.
Gestion des retards et des absences
Le secrétariat a un rôle très important dans la gestion d’un événement d’exception. La personne qui répond au téléphone doit savoir quoi dire ou ne pas dire si une question lui est posée. Elle doit rapidement effectuer des photocopies ou envoyer des communications. La gestion des retards et des absences est aussi très importante.
Une liste détaillée doit être remise au comité d’urgence qui devra rapidement contacter les parents et/ou les élèves absents pour les informer de l’événement. Il est essentiel de guider le parent dans sa façon d’aborder cette annonce avec son jeune et de lui donner des ressources s’il s’inquiète. Tout élève en retard devra être intercepté s’il arrive pendant ou après l’heure de l’annonce. On fera une annonce personnalisée avant de diriger l’élève dans sa classe ou dans un local d’intervention ou de recueillement.
Soutien
Lieu de recueillement
Dans ce local aménagé pour permettre à plusieurs jeunes de s’y retrouver confortablement, il n’y a pas d’interventions directes prescrites. C’est un endroit pour permettre aux jeunes de se retrouver, de ventiler et de s’exprimer.
Ce n’est pas un lieu de thérapie de groupe animé par un intervenant. C’est un lieu d’expression et la personne attitrée à ce lieu est un soutien, elle voit à ce qu’il y ait suffisamment de mouchoirs, offre des feuilles et des crayons, encadre les discussions animées, irrespectueuses ou qui s’éloignent de la vérité. Sans plus. Ce local peut être ouvert quelques jours selon les besoins. Habituellement, il ferme le Jour 6. Sa « fermeture » doit être nommée aux jeunes à l’avance.
Locaux d'interventions
Les rencontres individuelles ne sont pas des interventions très structurées, n’ont pas de temps déterminé, elles vont selon les besoins de chaque jeune. Certains aborderont directement la mort de leur ami, d’autres seront en réaction car un parent est malade ou tout simplement auront besoin de pleurer avec quelqu’un sans nécessairement connaître la personne décédée.
C’est ici qu’on commence à faire la distinction entre les jeunes en deuil et ceux en réaction. Ces rencontres individuelles sont consignées et parfois d’autres rencontres peuvent être fixées avec des jeunes qui en ont besoin. Ces rencontres durent rarement plus de 3 jours.
Soutien au personnel
Il faut s’attarder aux besoins du personnel. Les pauses, les heures de dîner, les débuts et fins de journées peuvent être lourdes. Il est important de prendre soin de tous, incluant les membres du comité d’urgence et les intervenants qui soutiennent directement les jeunes. Un intervenant devrait être attitré à ce rôle, un intervenant neutre qui n’est pas au « front ».
Il est à noter que les collègues ne peuvent assurer d’aide thérapeutique professionnelle auprès de leurs pairs. Cette intervention dépasserait les limites éthiques. Il faut diriger le personnel vers des ressources d’aide en cas de besoin.
Endroit de commémoration
De façon libre et naturelle, les jeunes identifieront un endroit pour marquer l’événement : le casier, une table à l’entrée, etc. Parfois c’est le casier, parfois c’est une table à l’entrée… Il y a de multiples endroits possibles. Si les jeunes ne l’identifient pas, le comité d’urgence doit le faire.
Cet endroit servira à se recueillir, écrire un message, laisser un objet ou une photo. Ce sera un lieu ponctuel qui demeure souvent jusqu’au Jour 6. Les messages qui y sont écrits peuvent être remis aux parents ou lors des rites funéraires.
Courriel aux parents
Parce que les jeunes sortiront de l’école et devront être compris dans leurs émotions et réactions, informer les parents est un incontournable. Un courriel devrait leur être envoyé quelques minutes après l’annonce en classe. Ce courriel doit contenir sommairement les informations données aux élèves, les actions mises en place et des ressources dans le cas où ils sont inquiets pour leurs enfants.
Rencontre du comité
Avant la fin de la journée, il faut que le comité prenne un temps d’arrêt et consigne les actions et les observations de la journée. Cela servira à bien se préparer pour la rencontre de verbalisation avec le personnel. On analyse les actions à poser le lendemain et on évalue la journée. On s’apporte du soutien mutuel et on s’ajuste au besoin.
Rencontre de verbalisation et d'information avec le personnel
À la fin de la journée, il est pertinent de fortement recommander la présence du personnel à une rencontre où seront discutées toutes les actions et émotions de la journée. C’est le lieu où on adresse les questions et où l’enlignement pour les prochains jours est donné. On y donne aussi les informations sur les ressources d’aide, le rôle de l’école en termes de soutien et les informations utiles sur le Programme d’aide aux employés.