Accueillir les membres du personnel
Rassembler les membres du personnel
Chaque enseignant ou membre du personnel qui arrive à l’école doit être dirigé dans une salle commune où l’annonce de l’événement sera faite. Nul besoin d’attendre que tous les enseignants soient ensemble avant de nommer qu’un événement est survenu et qu’ils seront avisés ensemble sous peu. Parfois, l’information est déjà véhiculée par les médias ou par une autre source d’information. Laissons les enseignants réagir ensemble et, lorsque tous sont réunis, c’est le moment de les informer et de leur confier un mandat si important.
Donner les informations
Informez-les sur l’événement, accueillez les réactions et répondez aux questions. Informez-les sur les actions qui sont posées par le comité d’urgence actuellement et sur les actions à venir. Prenez le temps de vous assurer que tous ont bien compris ce qu’implique cette rencontre.
Clarifier le rôle
C’est le moment de les soutenir dans leur rôle d’annoncer l’événement, de recueillir les émotions des élèves, de répondre à leurs questions et de les diriger au besoin vers le local de recueillement ou vers les locaux d’aide individuelle. Une formation préalable est souhaitée mais, si celle-ci n’a pas été réalisée, il faut leur dire qu’ils connaissent bien les jeunes, qu’ils sont les personnes les plus désignées pour cette difficile tâche, qu’à la fin de la journée un retour avec eux sera fait. On répond à leurs craintes. S’il y a désorganisation, le personnel de soutien est là. S’il n’y a pas de réaction, on continue comme d’habitude.
Pourquoi doit-on l’annoncer à toute l’école? Afin d’éviter une contamination, pour éviter que les jeunes ne l’apprennent entre eux avec des mots et des attitudes maladroites et pour respecter le fait que des jeunes de toute l’école peuvent réagir, il est souhaitable que toute l’école soit informée de l’événement. Pourquoi par les enseignants? L’apprendre en groupe est ce qu’il y a de mieux, car la bonne pratique veut que ce soit une annonce en même temps pour tout le monde et qu’on ne peut mobiliser le comité d’urgence ni les intervenants de soutien qui sont au coeur de l’action.
Mots
Le choix des mots doit être fait avec vigilance et sérieux. Il est important de ne pas taire la nature d’un décès, afin d’éviter que les jeunes s’inventent des explications, que des rumeurs circulent ou que l’information soit mal interprétée par les proches. Nommer les faits avec sobriété contribue à créer un climat de sécurité.
Il faut toutefois éviter de glorifier, d’idéaliser ou de donner des détails inutiles sur l’événement ou la personne. Une communication neutre, simple et respectueuse demeure essentielle.
Concernant le moyen utilisé lors d’un suicide ou d’un homicide, le comité d’urgence doit faire preuve de discernement selon le contexte, les informations déjà connues et les rumeurs présentes dans le milieu. Il n’est pas privilégié de donner l’information d’emblée. L’objectif n’est pas de multiplier les détails, mais de répondre de façon claire aux besoins d’information tout en protégeant les jeunes d’une surexposition ou d’une recherche de réponses sur Internet. Cette approche s’applique à tous les types de décès.. Les éléments à partager doivent être réfléchis et décidés par le comité.
Effet d’entraînement
Les mots utilisés et les actions posées doivent être choisis avec vigilance. L’annonce d’un décès à des élèves peut avoir des répercussions importantes et certains risques doivent être connus.
Lorsqu’il s’agit d’un décès par suicide, la littérature scientifique décrit notamment un phénomène appelé “effet d’entraînement” ou “contagion suicidaire” (effet Werther). Ce terme désigne l’augmentation possible d’idées ou de comportements suicidaires chez certaines personnes à la suite de l’exposition à un suicide. Ce phénomène, bien documenté, s’explique par des mécanismes d’identification ou d’imitation sociale pouvant accroître la vulnérabilité de jeunes déjà fragilisés. Cette notion demeure spécifique au suicide.
Les autres types de décès peuvent également agir comme événements déclencheurs et entraîner une détresse psychologique importante chez des personnes vulnérables. On ne parle pas alors de contagion au sens scientifique du terme, mais plutôt de réactions traumatiques ou de facteurs de stress pouvant aussi nécessiter des mesures de soutien comparables.
En tout temps, il est nécessaire d’éviter de glorifier la mort ou de la rendre plus belle que la vie dans les propos. On doit plutôt mettre l’accent sur les mesures de soutien et la prévention. Parler de mort et de deuil est important mais il faut savoir comment l’aborder.
Accueillir les jeunes
Il est très important de placer du personnel aux portes d’entrée dans la cour de l’école afin de voir si l’information a commencé à être véhiculée à travers les jeunes. Si oui, on agit rapidement, on dirige les jeunes qui réagissent déjà vers leurs classes afin de contrôler la diffusion. On peut dire : « Oui, il y a quelque chose de particulier ce matin, vous le saurez très rapidement, ne vous en faites pas. »
Dès que les enseignants sont libérés de leur rencontre d’information et regagnent leurs classes, si la gestion des élèves est difficile, on peut les diriger vers leurs classes. Si aucune information ne semble avoir été diffusée, les enseignants accueillent leurs élèves comme à l’habitude.
Annoncer l'événement
À l’heure précise décidée par le comité d’urgence, l’annonce est faite à l’école. Après avoir donné l’information, il faut accueillir les émotions, l’enseignant peut nommer les siennes, une discussion sur les réactions suivra et plusieurs questions risquent de se succéder.
Le tout doit se faire simplement, dans la bienveillance et dans le respect des informations données antérieurement. L’enseignant n’a pas à répondre à tout et doit garder sa concentration sur ce qui se passe devant lui. L’enseignant informe des locaux mis à la disposition des élèves et informe la secrétaire des absences avant que les jeunes ne sortent de leur classe.
À partir de ce moment, il est essentiel que les membres de l’équipe scolaire demeurent attentifs aux changements de comportements des jeunes (isolement, absentéisme, pleurs fréquents, colère inhabituelle, propos inquiétants, retrait marqué). Une attention particulière devrait également être portée aux jeunes qui présentaient déjà des facteurs de risque ou des fragilités avant l’événement, afin de leur offrir rapidement du soutien.
Gestion des retards et des absences
Le secrétariat a un rôle très important dans la gestion d’un événement d’exception. La personne qui répond au téléphone doit savoir quoi dire ou ne pas dire si une question lui est posée. Elle doit rapidement effectuer des photocopies ou envoyer des communications. La gestion des retards et des absences est aussi très importante.
Une liste détaillée doit être remise au comité d’urgence qui devra rapidement contacter les parents et/ou les élèves absents pour les informer de l’événement. Il est essentiel de guider le parent dans sa façon d’aborder cette annonce avec son jeune et de lui donner des ressources s’il s’inquiète. Tout élève en retard devra être intercepté s’il arrive pendant ou après l’heure de l’annonce. On fera une annonce personnalisée avant de diriger l’élève dans sa classe ou dans un local d’intervention ou de recueillement.
Soutien
Lieu de recueillement
Dans ce local aménagé pour permettre à plusieurs jeunes de s’y retrouver confortablement, il n’y a pas d’interventions directes prescrites. C’est un endroit pour permettre aux jeunes de se retrouver, de ventiler et de s’exprimer.
Ce n’est pas un lieu de thérapie de groupe animé par un intervenant. C’est un lieu d’expression et la personne attitrée à ce lieu est un soutien, elle voit à ce qu’il y ait suffisamment de mouchoirs, offre des feuilles et des crayons, encadre les discussions animées, irrespectueuses ou qui s’éloignent de la vérité. Sans plus. Ce local peut être ouvert quelques jours selon les besoins. Habituellement, il ferme le Jour 6. Sa « fermeture » doit être nommée aux jeunes à l’avance.
Locaux d'interventions
Les rencontres individuelles ne sont pas des interventions très structurées, n’ont pas de temps déterminé, elles vont selon les besoins de chaque jeune. Certains aborderont directement la mort de leur ami, d’autres seront en réaction car un parent est malade ou tout simplement auront besoin de pleurer avec quelqu’un sans nécessairement connaître la personne décédée.
C’est ici qu’on commence à faire la distinction entre les jeunes en deuil et ceux en réaction. Ces rencontres individuelles sont consignées et parfois d’autres rencontres peuvent être fixées avec des jeunes qui en ont besoin. Ces rencontres durent rarement plus de 3 jours.
Soutien au personnel
Il faut s’attarder aux besoins du personnel. Les pauses, les heures de dîner, les débuts et fins de journées peuvent être lourdes. Il est important de prendre soin de tous, incluant les membres du comité d’urgence et les intervenants qui soutiennent directement les jeunes. Un intervenant devrait être attitré à ce rôle, un intervenant neutre qui n’est pas au « front ».
Il est à noter que les collègues ne peuvent assurer d’aide thérapeutique professionnelle auprès de leurs pairs. Cette intervention dépasserait les limites éthiques. Il faut diriger le personnel vers des ressources d’aide en cas de besoin.
Endroit de commémoration
De façon libre et naturelle, les jeunes identifieront un endroit pour marquer l’événement : le casier, une table à l’entrée, etc. Il y a de multiples endroits possibles. Si les jeunes ne l’identifient pas, le comité d’urgence doit le faire.
Cet endroit servira à se recueillir, écrire un message, laisser un objet ou une photo. Ce sera un lieu ponctuel qui demeure souvent jusqu’au Jour 6. Les messages qui y sont écrits peuvent être remis aux parents ou lors des rites funéraires.
Courriel aux parents
Parce que les jeunes sortiront de l’école et devront être compris dans leurs émotions et réactions, informer les parents est un incontournable. Un courriel devrait leur être envoyé quelques minutes après l’annonce en classe. Ce courriel doit contenir sommairement les informations données aux élèves, les actions mises en place et des ressources dans le cas où ils sont inquiets pour leurs enfants.
Rencontre du comité
Avant la fin de la journée, il faut que le comité prenne un temps d’arrêt et consigne les actions et les observations de la journée. Cela servira à bien se préparer pour la rencontre de verbalisation avec le personnel. On analyse les actions à poser le lendemain et on évalue la journée. On s’apporte du soutien mutuel et on s’ajuste au besoin.
Rencontre de verbalisation et d'information avec le personnel
À la fin de la journée, il est pertinent de fortement recommander la présence du personnel à une rencontre où seront discutées toutes les actions et émotions de la journée. C’est le lieu où on adresse les questions et où l’enlignement pour les prochains jours est donné. On y donne aussi les informations sur les ressources d’aide, le rôle de l’école en termes de soutien et les informations utiles sur le Programme d’aide aux employés.